Jean-Marc Raynaud n’a pas toujours été un vieil emmerdeur. Il a commencé par être un jeune emmerdeur.
Dès le lycée il monte, avec ses copains du café de la paix, un groupe d’expression autour de la laïcité ; une thématique qui ne le quittera jamais. Son engagement rationaliste de libre-penseur est incontournable. Avec ce groupe d’amis, il s’engage aussi dans la lutte antinucléaire contre la centrale de Braud-et-Saint-Louis ou encore contre un projet nuisible de construction d’autoroute.
Peu de gens le savent, mais quand il s’inscrit à la fac de droit de Bordeaux, c’est avec l’intention de devenir... commissaire de police ! Fort heureusement, un vent d’émancipation souffle alors sur le printemps de 1968 et Jean-Marc se lie d’amitié avec Sanchez et Jean Barrué.
Les années 70 seront celles de la confirmation de ses engagements libertaires. C’est à cette période qu’il rejoint la Fédération Anarchiste, tient des permanences sur Rochefort, milite en faveur de la contraception masculine en général et de la vasectomie en particulier... Parallèlement, il rejoint l’union des crématistes et leur journal "La Flamme", faisant la promotion de la pratique de la crémation. Il n’était pas en avance sur son temps. Son temps était en retard sur lui.
Une fois la pompe amorcée, il théorisera et mettra en pratique une vie de lutte continue durant laquelle il aura à cœur de créer des alternatives en actes à ce monde auquel il refuse de se soumettre. Les colos de tonton Bakounine, la crèche autogérée, l’école libertaire Bonaventure etc. occuperont le temps de cet éducationniste convaincu qui, non content de faire, écrira également de nombreux textes - plus de 600 répertoriés à ce jour - dans divers journaux et revues militants.
"J’aurais toujours voulu être éditeur", confiera Jean-Marc à son compagnon de route Jean-Claude Richard. Sur les conseils de ce dernier et après s’être chargé des éditions du Monde Libertaire, il fondera les Éditions Libertaires qui publieront plus de 250 ouvrages et remettront des années durant le prestigieux prix Ni Dieu Ni Maître. Cette maison d’édition existe toujours et est une référence de l’édition anarchiste francophone. De nombreuses voix d’auteurs se joignent à la nôtre pour exprimer leur tristesse.
Malgré le grand échec de sa vie, à savoir la réalisation de l’unité au sein du mouvement libertaire, Jean-Marc ne désarmera pas et continuera inlassablement à défendre un humanisme non négociable. Ainsi, quand l’abject Manuel Valls mettra à l’ordre du jour la déchéance de nationalité sous la présidence Hollande, il demandera publiquement à en être lui-même déchu. La presse locale s’en souvient encore.
Jean-Marc avait sa carte. Sa carte de citoyen du monde qu’il ne manquait pas de pointer sous le nez des flics, toujours prompts à réprimer la liberté des peuples.
Aujourd’hui, un grand homme nous quitte mais ses combats et convictions ne seront ni oubliés ni abandonnés.
Nous sommes tous des Raynaud féroces !
Fédération Anarchiste
Chaucre, Saint-George-d’Oléron
Mercredi 8 avril 2026